Oratomic : 300 millions de dollars pour contourner le mur du million de qubits
Le 10 juillet 2026, Oratomic a annoncé une levée de fonds de 300 millions de dollars en Série A, codirigée par ARCH Venture Partners, Spark Capital et Khosla Ventures. Parmi les participants figurent Bezos Expeditions, Index Ventures, General Catalyst, Lowercarbon Capital et Bain Capital. Vinod Khosla a qualifié cet investissement de « plus gros investissement initial jamais réalisé par son fonds ».
La startup, fondée plus tôt en 2026 par des physiciens de Caltech, utilise une approche radicalement différente : des lasers agissant comme des pinces optiques pour maintenir des atomes individuels en place, formant la base de l'ordinateur quantique. Selon TechCrunch, l'entreprise a découvert une approche nécessitant « considérablement moins de qubits pour la correction d'erreur que ce qui était jugé viable auparavant ».
La promesse d'Oratomic :
Qubits nécessaires : 10 000 à 20 000 (contre 1 million pour
PsiQuantum)
Levée de fonds : 300 M$ en Série A
Fondateurs : physiciens de Caltech
Objectif : premier ordinateur quantique utile d'ici la fin de
la décennie
Pas de phase NISQ : la stratégie du « tout ou rien »
Contrairement à la plupart des acteurs du secteur, Oratomic ne prévoit aucune phase intermédiaire. Pas d'ordinateurs quantiques bruités (NISQ, Noisy Intermediate-Scale Quantum) vendus comme prototypes. L'entreprise vise directement un système tolérant aux pannes.
« Vous n'auriez pas réussi à convaincre l'un d'entre nous de créer une entreprise d'informatique quantique auparavant, parce que nous pensions que c'était beaucoup trop loin », a déclaré le PDG Dolev Bluvstein à TechCrunch. « Ce n'est que lorsque nous avons fait cette percée récente que nous avons tous changé d'avis simultanément. »
Bluvstein précise que tous les composants essentiels de la machine à 20 000 qubits ont déjà été démontrés expérimentalement à plus petite échelle. Une affirmation qui, si elle se vérifie, place Oratomic en tête d'une course où PsiQuantum (valorisé 7 milliards de dollars en septembre 2025) vise un million de qubits avec une approche « fondamentalement plus complexe et plus coûteuse », selon Oratomic.
Google résout l'erreur quantique en temps réel
Pendant qu'Oratomic lève des fonds, Google vient de publier dans Nature une avancée tout aussi structurante : la correction d'erreur quantique en continu, sans jamais arrêter le processeur.
Le problème est connu : dans les ordinateurs quantiques à qubits supraconducteurs, la calibration dérive avec le temps (chauffage de l'électronique de contrôle). Aujourd'hui, il faut arrêter les calculs pour recalibrer, ce qui rend impossible l'exécution d'algorithmes longs et complexes.
L'équipe de Google a eu une idée élégante, rapportée par Ars Technica: utiliser les mêmes données de détection d'erreur déjà employées pour la correction quantique afin de recalibrer le processeur en continu, via un algorithme d'apprentissage par renforcement.
La méthode Google en résumé :
Espace de contrôle : environ 1 000 paramètres (impulsions
micro-ondes)
Exploration : de petites perturbations simultanées sont
appliquées pendant le calcul
Apprentissage : le système déduit comment les ajustements
affectent les taux d'erreur
Résultat : amélioration de 20 % de la détection et correction
d'erreur sur les qubits logiques
Le compromis exploration-exploitation
L'approche de Google repose sur un compromis subtil : l'exploration (tester de nouveaux réglages) contre l'exploitation (utiliser les meilleurs réglages connus). Même si la plupart des politiques échantillonnées sont moins bonnes que la politique optimale, la performance agrégée reste supérieure à l'absence totale d'ajustement.
Testée sur deux qubits logiques avec des codes de correction différents (code de surface et code de couleur), la méthode a été démontrée en temps réel sur un grand qubit corrigé contrôlant environ 40 000 paramètres. La limitation : la dérive doit être suffisamment lente pour que le système reste proche de son état entraîné.
Ce que ça change
Ces deux annonces simultanées redessinent le paysage du calcul quantique sur trois axes :
- La barre des qubits s'effondre : si Oratomic a raison, un ordinateur quantique utile nécessite 20 000 qubits, pas un million. L'horizon temporel se rapproche considérablement.
- La correction d'erreur devient dynamique : Google prouve qu'on n'a plus besoin de fenêtres de recalibration. Les algorithmes longs deviennent enfin envisageables.
- La concurrence s'intensifie : avec Infleqtion et Quantanium entrés en bourse cette année, et les acteurs historiques Rigetti et IonQ en forte hausse, le secteur attire des capitaux massifs. Un ordinateur quantique tolérant aux pannes pourrait transformer la biotechnologie, la logistique, l'intelligence artificielle et la cryptographie.
Analyse : le quantique entre dans sa phase industrielle
Le signal est clair : après deux décennies de recherche fondamentale, l'informatique quantique entre dans une phase de maturation accélérée. La levée de 300 millions de dollars d'Oratomic n'est pas un pari sur une technologie hypothétique : c'est un vote de confiance sur des composants déjà validés expérimentalement.
Du côté de Google, la correction d'erreur en temps réel lève un obstacle qui semblait insurmontable il y a encore cinq ans. La combinaison des deux approches (moins de qubits nécessaires et correction continue) pourrait réduire le délai avant le premier ordinateur quantique commercialement utile de plusieurs années.
Reste une inconnue de taille : Oratomic ne prévoit pas de phase NISQ, ce qui signifie qu'elle n'aura aucun revenu commercial avant d'atteindre son objectif final. Une stratégie « tout ou rien » qui exige des investisseurs une patience que le marché n'accorde pas toujours.
À retenir
- 300 M$ pour 20 000 qubits : Oratomic lève la plus grosse Série A quantique de l'histoire et promet un ordinateur utile avec 50 fois moins de qubits que son concurrent PsiQuantum.
- Caltech dans le moteur : les fondateurs viennent de Caltech et utilisent des lasers comme pinces optiques pour manipuler les atomes, une approche fondamentalement nouvelle.
- Google corrige en temps réel : l'apprentissage par renforcement améliore de 20 % la correction d'erreur sans jamais arrêter le processeur, validé sur 40 000 paramètres.
- Zéro prototype NISQ : Oratomic refuse de vendre des machines intermédiaires. Tout ou rien d'ici la fin de la décennie.
- Le quantique devient bankable : avec les introductions en bourse d'Infleqtion et Quantanium, et la hausse de Rigetti/IonQ, le secteur sort du laboratoire pour entrer dans les portefeuilles.
Sources
- TechCrunch · Oratomic raises $300M to build a viable quantum computer that needs only 20K qubits, 10 juillet 2026
- Ars Technica · Quantum error correction can constantly recalibrate a processor, 10 juillet 2026
- Nature · Reinforcement learning for real-time quantum error correction, 2026