La bascule a déjà commencé : Excel et Word utilisent les modèles MAI
Selon Bloomberg, cité par TechCrunch, Microsoft a commencé à utiliser ses modèles MAI (Microsoft AI models) pour répondre à un certain pourcentage des requêtes utilisateurs dans Excel et Word. Jusqu'ici, l'entreprise mettait en avant le fait que Microsoft 365 Copilot était largement propulsé par les modèles d'OpenAI et d'Anthropic.
Contacté par TechCrunch, Microsoft s'est contenté de répondre qu'il n'avait « rien de plus à partager ». Une discrétion qui contraste avec la communication triomphale habituelle autour des partenariats IA. Le remplacement est incrémental : OpenAI et Anthropic gèrent encore l'essentiel du trafic Copilot, mais la direction est claire.
Sept nouveaux modèles MAI et un rapport coût-efficacité qui change tout
Lors de sa conférence Build 2026, Microsoft a dévoilé sept nouveaux modèles MAI, comme le rapporte The Next Web. Parmi eux : un premier modèle de raisonnement, des systèmes de génération d'images, de voix et de transcription. Concrètement :
- MAI-Transcribe-1 est déjà testé dans Teams et Copilot.
- MAI-Image-2 est en cours de déploiement dans Bing et PowerPoint.
- Un modèle MAI optimisé pour le cabinet McKinsey a battu GPT-5.5 sur le rapport coût-efficacité par un facteur dix.
Le calcul économique de Microsoft : faire tourner ses propres modèles sur son infrastructure Azure évite de payer des frais d'API à des tiers. À l'échelle de centaines de millions d'utilisateurs Office et Teams, chaque point de pourcentage basculé en interne représente des économies massives.
La clé juridique : la renégociation du contrat OpenAI en 2025
Cette bascule n'aurait pas été possible sans un changement contractuel majeur. Le contrat initial entre Microsoft et OpenAI interdisait à Microsoft de développer ses propres modèles d'IA frontalière. Les deux entreprises ont renégocié leurs accords en 2025, comme le détaille The Next Web :
- Microsoft conserve une licence sur la technologie d'OpenAI jusqu'en 2032.
- Il est désormais libre de construire des modèles concurrents.
- OpenAI peut vendre ses modèles via d'autres fournisseurs cloud : AWS propose déjà ses modèles.
Satya Nadella aurait craint que Microsoft ne devienne « le prochain IBM » en restant trop dépendant d'un seul partenaire IA. La stratégie actuelle est un hedge à trois voies : une participation majeure dans OpenAI, l'intégration de Claude (Anthropic) dans Microsoft 365 Copilot, et désormais ses propres modèles MAI déployés directement dans les applications.
Le contexte : une industrie qui serre les coûts IA
Microsoft n'est pas seul. Amazon, Uber, Meta et Accenture réduisent aussi leurs dépenses IA, après une phase de « tokenmaxxing » où tout était généré par IA sans considération de coût. Certaines entreprises explorent même des modèles chinois comme alternatives moins chères pour leurs agents, malgré les préoccupations de sécurité, selon le Washington Post.
La question n'est plus de savoir si l'IA est utile, mais combien elle coûte. Et à ce jeu, avoir son propre modèle devient un avantage structurel. Microsoft n'a pas besoin que MAI domine tous les benchmarks : sa distribution via des centaines de millions de licences Office et Teams fait le travail. Chaque fonctionnalité rapatriée en interne réduit une facture IA décrite comme « non négligeable ».
Pendant ce temps chez OpenAI : le chief futurist s'en va
Signe supplémentaire des turbulences dans l'écosystème, Joshua Achiam, chief futurist d'OpenAI, a annoncé son départ après près de neuf ans dans l'entreprise, rapporte Wired. Figure de la sécurité IA en interne, connu pour avoir interrompu le discours de départ d'Elon Musk en 2018 pour alerter sur les risques d'une AGI chez Tesla, Achiam rejoint une longue liste de départs parmi les responsables sécurité d'OpenAI.
Son départ intervient alors qu'OpenAI se prépare à une introduction en Bourse et que l'entreprise a connu de multiples réorganisations depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. La dissolution de l'équipe « mission alignment » qu'il dirigeait, remplacée par un poste de chief futurist sans équipe dédiée, illustre les tensions entre la mission originelle et la réalité commerciale.
À retenir
- Remplacement progressif : Microsoft utilise déjà ses modèles MAI dans Excel et Word pour une partie des requêtes. OpenAI et Anthropic ne sont pas évincés, mais leur part diminue.
- Facteur 10 sur le coût : un modèle MAI optimisé pour McKinsey a battu GPT-5.5 en efficacité économique, justifiant l'investissement interne.
- Libéré par le contrat 2025 : la renégociation avec OpenAI a levé l'interdiction pour Microsoft de développer ses propres modèles frontaliers.
- Hedge à trois voies : participation OpenAI, intégration Anthropic, modèles MAI maison. Microsoft ne met pas tous ses tokens dans le même modèle.
- Distribution, pas benchmarks : Microsoft n'a pas besoin que MAI soit le meilleur modèle du monde. Sa distribution via Office et Teams suffit à réduire la facture IA.
Sources
- TechCrunch · Microsoft joins AI cost-cutting trend by relying more on its own models, 7 juillet 2026
- The Next Web · Microsoft starts swapping OpenAI and Anthropic out for its own AI in some apps, juillet 2026
- Wired · OpenAI's Chief Futurist Joshua Achiam Is Leaving the Company, juillet 2026