L'annonce : Build 2026
Le 2 juin 2026, lors de la conférence Microsoft Build, la firme de Redmond a présenté Coreutils for Windows, un ensemble de plus de 50 utilitaires UNIX qui s'exécutent nativement sur Windows. Fini le casse-tête des commandes qui ne marchent pas d'un OS à l'autre : ls, grep, cat, cp, mv, rm, find, tee, hostname et bien d'autres sont désormais disponibles en natif. Source : BleepingComputer.
Microsoft justifie ce projet par une réalité simple : les développeurs travaillent sur des machines Windows, Linux et macOS. À chaque changement de plateforme, les réflexes de terminal ne fonctionnent plus. Coreutils for Windows comble ce fossé sans passer par WSL.
Comment ça marche ?
Coreutils for Windows repose sur le projet open-source uutils, une réimplémentation multiplateforme des GNU coreutils en Rust. Microsoft a regroupé uutils/coreutils, findutils et grep en un seul binaire appelé coreutils.exe, publié sur GitHub (microsoft/coreutils).
L'astuce technique : lors de l'installation, le programme crée des NTFS hardlinks pour chaque commande supportée. En pratique, ls.exe, cp.exe, cat.exe et rm.exe pointent tous vers le même fichier coreutils.exe. C'est ce binaire qui détecte le nom d'appel et exécute la bonne commande. On peut le vérifier avec :
fsutil hardlink list "C:\Program Files\coreutils\coreutils.exe"
La commande retourne des dizaines de noms (cat.exe, cp.exe, cut.exe, base64.exe, etc.) qui référencent le même fichier.
Installation : une seule commande
L'installation se fait via le gestionnaire de paquets Windows winget :
winget install Microsoft.Coreutils
Une fois installé, les commandes sont disponibles dans le terminal, PowerShell, ou tout shell Windows. Microsoft fournit également une table de compatibilité détaillant le comportement de chaque utilitaire selon le shell utilisé.
Commandes incluses
Parmi les commandes disponibles :
- Opérations fichiers : cat, cp, mv, rm, tee, touch, mkdir, rmdir, ln
- Recherche : grep, find, locate
- Système : hostname, uptime, pwd, uname, whoami
- Navigation : ls, cd (via le shell), pwd
- Traitement texte : cut, sort, uniq, wc, head, tail, tr, fmt, nl, od, expand, unexpand
- Utilitaires : sleep, echo, printf, basename, dirname, date, seq, sha256sum, md5sum
Ce qui n'est pas inclus
Certaines commandes sont volontairement absentes :
- Commandes en conflit avec Windows : dir, more, paste, whoami
- Commandes POSIX non supportées : chmod, chown, chroot, nohup, tty, who
- Signaux POSIX : kill, timeout (peut-être ajoutés plus tard)
Microsoft prévient que certaines différences de comportement subsistent, notamment sur la gestion des retours à la ligne, les permissions de fichiers et le support POSIX. Le projet est open-source et les contributions sont les bienvenues.
Pourquoi c'est important
Coreutils for Windows s'inscrit dans une stratégie plus large : faire de Windows une plateforme de développement compétitive. Microsoft multiplie les initiatives pour attirer les développeurs Linux et macOS : WSL, Windows Terminal, Dev Drive, et maintenant les coreutils natifs.
Le choix de Rust n'est pas anodin. Le langage de programmation garantit des performances natives, une sécurité mémoire et une portabilité exemplaire. Le projet uutils est déjà utilisé dans certaines distributions Linux et son adoption par Microsoft valide définitivement l'approche.
Analyse rapide
Avec Coreutils for Windows, Microsoft résout un irritant quotidien pour des millions de développeurs. La solution est élégante : plutôt que d'émuler ou de virtualiser, elle rend les commandes UNIX natives sur Windows. Le passage par uutils en Rust garantit des performances et une sécurité sans compromis.
Le geste est aussi symbolique : Microsoft ne se contente plus d'accueillir le développement multiplateforme, il l'intègre au coeur de Windows. Pour les développeurs qui jonglent entre OS, c'est un gain de productivité immédiat. Et pour les équipes IT, c'est un argument de plus pour standardiser Windows sans pénaliser les équipes techniques.
À retenir
- Coreutils for Windows : plus de 50 commandes Linux natives sur Windows (ls, grep, cat, cp...).
- Installation :
winget install Microsoft.Coreutils, un seul binaire avec NTFS hardlinks. - Technologie : basé sur uutils, réécriture Rust des GNU coreutils.
- Open-source : publié sur GitHub sous microsoft/coreutils.
- Limites : pas de chmod, chown, nohup ; différences sur les retours à la ligne.
- Stratégie : Microsoft fait de Windows une vraie plateforme de développement multiplateforme.