Une victoire pour le mouvement Stop Killing Games

Le 27 mai 2026, le California State Assembly a adopté le Protect Our Games Act (AB 1921) par un vote de 43 contre 16, avec un soutien bipartisan. Porté par le mouvement mondial Stop Killing Games — lancé en 2024 par le YouTuber Ross Scott après la fermeture du jeu The Crew par Ubisoft — ce texte législatif est le premier du genre aux États-Unis à encadrer la fin de vie des jeux vidéo. Sources : Inven Global, Massively Overpowered, AllKeyShop, LegiScan.

Le principe est simple : si un éditeur vend un jeu vidéo (même en grande partie en ligne), il doit garantir que les acheteurs pourront continuer à y accéder après l'arrêt des serveurs officiels. En cas d'impossibilité technique, un remboursement intégral est exigé.

« Avons-nous acheté le jeu, ou simplement une licence d'utilisation ? » — Question devenue slogan du mouvement Stop Killing Games, après la fermeture de The Crew par Ubisoft en 2024.

Ce que dit exactement la loi

L'AB 1921 s'applique aux jeux vendus ou remis en vente à partir du 1er janvier 2027. Elle impose trois obligations principales aux éditeurs :

  • Préavis de 60 jours avant l'arrêt des services nécessaires au fonctionnement du jeu
  • Maintien d'accès : les éditeurs doivent fournir une version alternative, un correctif ou un patch permettant aux acheteurs de continuer à utiliser le jeu de manière autonome (hors ligne)
  • Remboursement : si le maintien d'accès est impossible, un remboursement intégral doit être proposé aux acheteurs
  • Interdiction de vente : un éditeur ne peut plus vendre un jeu dont il a arrêté les serveurs, même en version « non jouable »

Ce qui est exclu

La loi prévoit des exceptions pour :

  • Les jeux accessibles via abonnement (type Game Pass, PS Plus)
  • Les jeux free-to-play (gratuits)
  • Les jeux jouables hors ligne par nature et qui le restent indéfiniment

Pourquoi cette loi est importante

La préservation des jeux vidéo est un problème croissant à l'ère du tout-numérique. Contrairement à un livre ou un film, un jeu vidéo moderne dépend souvent de serveurs distants, de DRM en ligne et de mises à jour régulières. Quand un éditeur décide de fermer un jeu, des milliers d'acheteurs perdent tout simplement l'accès à un produit qu'ils ont payé.

Le cas The Crew d'Ubisoft (2024) est devenu le symbole de ce problème : des joueurs ayant payé 60-80 euros pour le jeu se sont retrouvés dans l'incapacité totale d'y accéder après la fermeture des serveurs. Aucun mode hors ligne, aucun remboursement, aucune alternative.

La Video Game History Foundation et d'autres associations de présentation culturelle soutiennent le texte, rappelant que les jeux vidéo sont un patrimoine culturel au même titre que les films et les livres. De l'autre côté, l'Entertainment Software Association (ESA) — qui représente les grands éditeurs comme Electronic Arts, Activision Blizzard, Ubisoft — fait activement campagne contre le texte, arguant que l'ouverture de code serveur ou le maintien de fonctionnalités en ligne posent des problèmes de sécurité et de propriété intellectuelle.

Prochaines étapes

Le texte passe maintenant au California State Senate pour débat et vote, prévu en juin 2026. S'il est adopté par le Sénat, il devra recevoir la signature du gouverneur de Californie pour devenir loi. Le chemin est encore long, mais le vote à l'Assembly avec 43 voix contre 16 montre une dynamique politique réelle.

La Californie est un État stratégique : elle abrite les sièges sociaux d'EA, Activision Blizzard, Roblox, Zynga et de nombreux studios. Si la loi y est adoptée, elle pourrait servir de modèle pour d'autres États américains et même pour des législations internationales. Le mouvement Stop Killing Games a déjà déposé des pétitions auprès de l'Union européenne.

Analyse rapide

L'AB 1921 est plus qu'une loi locale : c'est un test grandeur nature pour la préservation des jeux vidéo à l'ère du numérique. En obligeant les éditeurs à anticiper la fin de vie de leurs jeux, elle inverse la logique actuelle où le joueur n'a aucun droit après l'achat.

Les arguments de l'ESA ne sont pas dénués de fondement technique : maintenir des serveurs pour des jeux anciens coûte cher, et ouvrir le code à des serveurs privés pose des questions de sécurité. Mais la loi ne demande pas aux éditeurs de maintenir les serveurs indéfiniment — elle leur offre des alternatives (patch hors ligne, version allégée, remboursement).

Pour les joueurs, c'est une avancée majeure. Pour l'industrie, c'est un changement de modèle économique qui pourrait impacter la rentabilité des jeux à service live. Les yeux sont désormais tournés vers le Sénat californien.

À retenir

  • Loi : AB 1921 « Protect Our Games Act », adopté par le California Assembly (43-16).
  • Obligations : préavis 60 jours avant fermeture, maintien d'accès ou remboursement.
  • Applicable : aux jeux vendus à partir du 1er janvier 2027.
  • Exclusions : jeux par abonnement, free-to-play, jeux déjà jouables hors ligne.
  • Prochaines étapes : vote au Sénat californien, puis signature du gouverneur.
  • Opposition : ESA (Electronic Arts, Activision, Ubisoft) invoque sécurité et PI.
  • Impact potentiel : pourrait servir de modèle pour d'autres États et législations internationales.
← Retour aux news Publié le 2 juin 2026 · Sources : Inven Global, Massively Overpowered, AllKeyShop, LegiScan